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2003 - Les Colloques de Menton

  • "Science et Conscience" : Le principe de précaution : du bon sens à la déraison ?
  • "La cité des hommes " : Nouvel ordre ou nouveau désordre mondial ?
  • "Quelle philosophie pour notre temps ?" : Au-delà du nihilisme
  • "Rencontre sur les origines" : Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi l’univers, la vie, l’homme ? »
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Compte rendu des Colloques de Menton - 2003

"Science et Conscience" : Le principe de précaution : du bon sens à la déraison ?
Samedi 4 octobre 2003

Le principe de précaution est aujourd’hui une notion galvaudée. Sans cesse utilisé par les médias, assimilé à d’autres principes plus anciens tels que le bon sens et la prudence, il fait l’objet d’un véritable engouement. L’origine de cette notion est à rechercher dans le sentiment d’inquiétude inspiré par l’hyper puissance de l’homme face à son environnement. La répétition de catastrophes naturelles qui lui sont en partie imputées a mis en lumière un principe de responsabilité, un lien de cause à effet entre l’activité humaine et les maux qui affectent l’homme.

Plus précisément, la prise de conscience grandissante d’un certain nombre d’enjeux environnementaux globaux tels que le trou dans la couche d’ozone ou le réchauffement climatique, a donné naissance au principe de précaution entendu comme un principe général de sauvegarde de la planète. Ce dernier fait son apparition dans le droit positif français dans la loi Barnier du 2 février 1995 : « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économique acceptable ». Cependant, l’application de ce principe ne va pas sans présenter certains dangers. On peut craindre des erreurs d’appréciation des risques potentiels, des limitations excessives des protocoles expérimentaux qui seuls permettront, à terme, de mettre fin à l’incertitude, voire un ralentissement général de la recherche qui risquerait de freiner considérablement le développement d’un pays par rapport à d’autres. Le principal danger étant de dénaturer le principe de précaution en transformant ce moyen d’action en valeur.

Une culture de la précaution peut entraîner des exigences excessives et irrationnelles comme la garantie du risque zéro. Quel peut être l’avenir d’une société qui n’accepterait de courir plus aucun risque et demanderait à ses dirigeants de prouver systématiquement l’innocuité de toutes leurs décisions, de suspendre ou d’interdire toute activité au moindre soupçon de nocivité ? Une société tournée vers le futur ne doit-elle pas éloigner la logique de la peur pour privilégier une gestion rationnelle et collective des risques acceptables fondés sur les connaissances actuelles et à venir, sur l’arbitrage entre bienfaits attendus et risques potentiels dans le respect des valeurs humanistes.

Intervenants

  • Jacques TESTART Directeur de recherche à l’INSERM
  • Dominique BOURG Directeur du département « technologie et sciences de l’homme » à l’Université de Troyes
  • Marie-Angèle HERMITTE Directeur de recherche au CNRS, Directeur d’études à l’EHESS
  • Yves PALAU Maître de Conférence en sciences politiques à l’Université de Paris XII Val-de-Marne

"La cité des hommes " : Nouvel ordre ou nouveau désordre mondial ?
Samedi 11 octobre 2003

A l’aube du XXIème siècle, l’idée que « la fin de l’Histoire » allait entraîner l’établissement d’un nouvel ordre mondial semble dépassée. Certains parlent même, depuis les attentats du 11 septembre 2001, de nouveau désordre mondial. Désordre qu’expliquent un processus de mondialisation encore mal maîtrisé et d’importants déséquilibres à l’échelle de la planète. La mondialisation actuelle a remis en cause la souveraineté nationale sans pour autant la remplacer par une souveraineté supranationale. Nous sommes dans une phase transitoire, dans un monde global sans arbitre et sans règle du jeu clairement définie. Les incertitudes qui accompagnent ces évolutions nourrissent de multiples craintes chez les habitants de ce nouvel espace planétaire.

De plus, les importants déséquilibres, entre le Nord et le Sud, entre l’Ancien et le Nouveau Continent, alimentent les crises que nous traversons. Nombreux sont ceux qui dénoncent un monde unipolaire qui voit « l’hyper puissance américaine » s’imposer sur le plan militaire, « hard power », et sur le plan sociétal par la diffusion de ses valeurs et de « l’american way of life », « soft power ». Les Etats-Unis ne semblent pas vouloir coloniser le monde, comme l’ont fait d’autres puissances par le passé, mais s’efforcent d’imposer des systèmes destinés à réguler le désordre par des impératifs financiers et des interventions militaires.

Ainsi, les événements récents ont porté atteinte à l’autorité de l’ONU, à l’idée de primauté du droit et de légitimité internationale. L’affaiblissement des fragiles mécanismes de régulation existants renfonce les risques d’affrontements. C’est cette menace d’une mondialisation traversée de conflits de tout type qui nous oblige à repenser sans tarder un nouvel ordre mondial, avec ses valeurs fondatrices et ses garants.

Intervenants

  • Bernard GUETTA Spécialiste de la géopolitique, Chroniqueur à L’Express et à France Inter
  • Gilles KEPEL Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris
  • Guillaume PARMENTIER Directeur du Centre Français sur les Etats-Unis à l’ IFRI

"Quelle philosophie pour notre temps ?" : Au-delà du nihilisme
Samedi 18 octobre 2003

A la fin du XIXème siècle la société industrielle poursuivait son développement de manière accélérée. Au moment où les avancées du progrès technique semblaient pouvoir entraîner indéfiniment un progrès moral, Friedrich Nietzsche mettait en garde l’humanité : « Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux prochains siècles. Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l’avènement du nihilisme. » La prophétie du philosophe allemand semble s’être réalisée.

Le nihilisme naît de la prise de conscience de l’imperfection de l’être humain et de son éloignement de Dieu. Lorsque Nietzsche proclame « Dieu est mort », il met en évidence le rôle fondamental du recul de la foi chrétienne dans l’avancée de la pensée nihiliste qui affirme le non-sens de l’existence humaine et l’impossibilité de justifier le réel.

Le XXème siècle avec ses guerres, le nazisme et les totalitarismes a marqué la fin de l’idéologie du progrès et du marxisme, sécularisations de l’eschatologie chrétienne. Il a renforcé la crainte que notre civilisation chemine vers le néant et a vu l’individualisme se développer dans les sociétés post-modernes. Cette posture existentielle s’apparente au nihilisme passif défini par Nietzsche comme celui du dernier homme qui n’a que son propre bonheur comme idole.

Mais l’homme peut-il réellement vivre en étant nihiliste ? Nietzsche, lui-même, après avoir théorisé ce courant de pensée s’en éloigne et conclut que l’homme devrait pouvoir affirmer d’une façon gaie et joyeuse son existence en tant que telle. Il condamne ces « fanatiques de la conscience, ces puritains qui préfèrent mourir couchés sur un néant certain que sur une incertaine réalité. »

En ce début de XXIème siècle un défi majeur nous attend, dépasser le nihilisme tragique de l’absurde afin de repenser et redonner du sens à notre condition humaine dans sa finitude et sa contingence, sans le confort de l’hypothèse de Dieu.

Intervenants

  • Jean-François MATTEI Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Membre de l’Institut Universitaire de France et du Comité d’Ethique du CIRAD
  • Mathieu KESSLER Maître de Conférence en philosophie morale, politique et de l’éducation à l’IUFM d’Orléans-Tours, Chercheur associé à l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes du CNRS
  • Marc CREPON Chercheur au CNRS

"Rencontre sur les origines" : Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi l’univers, la vie, l’homme ? »
Samedi 25 octobre 2003

Quand les scientifiques s’interrogent sur les origines, ils s’attachent à mettre en évidence les phénomènes physico-chimiques, géologiques, biologiques et culturels permettant de retracer l’évolution de la matière, d’abord inerte, puis animée et enfin douée de conscience. Ils expliquent le « comment » de ces phénomènes en identifiant et en datant leurs premières manifestations. Mais si l’on s’interroge plus précisément sur la question des origines c’est au « pourquoi ? » qu’il faut répondre.

Pourquoi l’univers ? Les astronomes et les physiciens ont élaboré la théorie du « big bang » et de l’univers en extension, mais de nombreuses questions restent posées. Qu’y avait-il avant cela ? D’où venait l’énergie primordiale ? Qu’y a-t-il au-delà des limites connues de l’univers ? Qu’est-ce que la notion d’infini dans le temps et dans l’espace ?

Pourquoi la vie ? Les premiers signes de la vie sur terre ont été datés, mais l’on se demande encore si elle est le fruit du hasard ou si elle résulte d’un phénomène inéluctable de complexification de l’organisation de la matière ? Quel est le moteur de l’évolution ? La vie n’est-elle apparue que sur la planète Terre ? Ces questions auront-elles un jour des réponses certaines ?

Pourquoi l’Homme ? Pourquoi les hominidés sont-ils apparus en Afrique ? Comment expliquer l’impressionnant développement des populations humaines dans toutes les zones habitables de la planète durant la préhistoire ? Grâce aux fouilles et aux prospections, les préhistoriens apportent des éléments de réponse de plus en plus précis, mais découvrira-t-on un jour le tout premier hominidé et le tout premier Homme ?

L’homme se distingue du règne animal parce qu’il est doué de conscience. L’apparition de la pensée conceptuelle (invention de l’outil, construction du langage), de la pensée spirituelle (préoccupation face à la mort) et de la pensée symbolique (développement de l’art) jalonnent les étapes de son évolution et prouvent que la conscience de soi devait exister très tôt chez l’homme préhistorique. Comment et quand cette conscience s’est-elle éveillée ? Peut-on la mettre en relation avec un stade de l’évolution du cerveau humain ? Et finalement, comment l’Homme d’aujourd’hui s’accommode-t-il de ses angoisses métaphysiques qui persistent malgré les progrès de la science ? Comment dépasse-t-il son « vertige de l’inconnu » ?

Intervenants

  • Henry DE LUMLEY Préhistorien, Membre correspondant de l’Académie des Sciences, Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle
  • Sylvie VAUCLAIR Astronome, Professeur à l’Université Paul Sabatier, Toulouse III, Observatoire de Midi Pyrénées
  • Claude COMBES Biologiste, Membre correspondant de l’Académie des Sciences, Professeur à l’Université de Perpignan
  • Père Roland CAZALIS



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