Palais de l’Europe à 14h30
Entrée Libre
A l’aube du XXIème siècle, l’homme semble condamné à donner seul un sens à son existence. Confronté à la mort de Dieu et à la chute des idéologies, il cherche parfois dans "les sagesses préchrétiennes les moyens d’élaborer des morales postchrétiennes". Les sagesses antiques proposent à l’homme un travail sur soi qui lui permettra moins de trouver le chemin du bonheur que d’être armé face à l’irruption du malheur. La philosophie stoïcienne est l’une d’elles.
Cette école de pensée, qui apprend à l’homme à conserver sa liberté et son individualité même en période de crise, naît en Grèce à la fin de l’empire d’Alexandre (IIIème siècle avant J.-C.) et évolue jusqu’à sa conquête par les Romains. Dans ce contexte politique troublé, le temps de la cité idéale semble révolu et la question de la conservation de soi apparaît comme l’affaire de chaque individu en dehors d’une réponse politique et collective.
D’après les préceptes stoïciens, l’homme doit vivre selon la nature entendue comme l’univers, le monde, la réalité, ce qui est et ce qui advient. La volonté et l’intelligence humaines sont impuissantes à diriger le cours des événements. La destinée de chacun d’entre-nous est fixée d’avance par Dieu, grand ordonnateur de la nature. Par conséquent, il nous faut apprendre à découvrir quelle est notre place dans cet ordonnancement et à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Pour les stoïciens, la richesse ou la pauvreté, la santé ou la maladie, et même la vie ou la mort ne dépendent pas de nous. Notre seule marge de liberté consiste dans notre façon d’appréhender ces événements. L’homme est d’autant plus libre et indépendant qu’il parvient à dominer ses espoirs et ses craintes.
La liberté chez les stoïciens n’est pas libre arbitre, pouvoir absolu de choix, mais libération. C’est un processus par lequel l’homme se libère progressivement de ses illusions volontaristes. Si l’homme n’a aucune liberté d’action dans le stoïcisme, il garde intacte sa liberté de pensée. Seule la « citadelle intérieure » de chaque individu est inviolable. Pour Sénèque la seule tyrannie qu’un stoïcien refuse c’est la tyrannie d’un dogme.
Lorsque l’on se penche sur la philosophie stoïcienne, l’on mesure aisément le rôle qu’elle a pu jouer dans la naissance de l’individualisme contemporain, dans le détachement de l’individu vis-à-vis du social qui peut dès lors se percevoir comme tel dans son intériorité et sa spécificité.
Cependant, l’actualité du stoïcisme ne réside pas uniquement dans cet héritage mais dans l’écho que ses outils conceptuels trouvent chez nos contemporains en quête parfois d’un ultime refuge face à un monde qu’ils semblent maîtriser de moins en moins.
1 Michel ONFRAY
Les intervenants :
Jean-Baptiste Gourinat : Docteur en philosophie, chercheur au CNRS, professeur à l’ENS
Jean-François Mattéi : Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Membre de l’Institut Universitaire de France et du Comité d’Ethique du CIRAD
Bruno Pinchard : Professeur aux Universités de Tours et de Lyon et au Centre d’études Supérieures de la Renaissance