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Musée de Préhistoire régionale : des témoins des civilisations de l’Antiquité prochainement enrichis grâce à un passionné d’archéologie


Cratère en cloche à figures rouges (hauteur : 330 mm, diamètre : 400 mm). Lucanie, Grande-Grèce (Italie du Sud), 400-375 avant J.-C. Collection Michel Meignan.


Le Musée de Préhistoire régionale tient son actuelle appellation de l’exposition ouverte en 1988, mais l’établissement conserve et présente également des objets de l’Antiquité. La Protohistoire (âges des Métaux), articulation entre Préhistoire et Antiquité, est également représentée.

De l’Égypte à notre région, à l’âge du Fer et à l’époque romaine, en passant par la Grèce, l’Italie préromaine et romaine, et la Gaule, les objets antiques présents au musée témoignent du développement des civilisations méditerranéennes dont la civilisation occidentale est une héritière.

Cette présentation pourra être prochainement considérablement enrichie grâce à un passionné d’archéologie qui a proposé à Jean-Claude GUIBAL, maire de Menton, de « délocaliser » sa collection de Paris à Menton. Michel MEIGNAN est professeur de médecine, mais aussi donc, passionné d’archéologie depuis ses années de collégien, quand son professeur d’histoire de 6ème emmenait ses élèves au musée du Louvre tous les jeudis pour y faire « vivre » ses cours. Michel MEIGNAN entretient un lien très fort avec Menton, ville qu’il fréquente depuis l’enfance. Depuis 2010 il y organise un congrès de médecine.

Pour faire connaissance avec la collection de 96 pièces du Professeur MEIGNAN, composée de céramiques de Grèce et Grande-Grèce (Italie du Sud pré romaine) et complétée de pièces d’Étrurie (Italie centrale pré romaine), nous pouvons consulter l’article récent de Madame Marie-Hélène DELAVAUX-ROUX de Université de Bretagne occidentale à Brest « Musique et danse grecques dans une collection particulière de Vases Grecs encore inédite », revue Connaissance hellénique, n° 156, juillet 2020 :

«  La collection MM a été constituée peu à peu, au gré des divers achats en vente publique ou auprès d’experts reconnus. Offrant des formes variées et des décors parfois très originaux, elle représente presque toute l’histoire grecque, puisque s’y trouvent un vase mycénien, renvoyant à la Grèce primitive entre 1450 et 1120 av. J.-C., et de la céramique de Gnathia, dont l’ultime production se situe en Grande-Grèce dans les dernières années du IVe siècle et le début du IIIe s. av. J.-C., en passant par des productions géométriques du Xe au VIIIe s. av. J.-C., des vases attiques à figures noires et à figures rouges du Ve s. av. J.-C. ou encore de la céramique italiote du IVe s. av. J.-C. ou plus tardive. Parmi cet ensemble, certaines pièces concernant la musique et la danse ont attiré notre attention, non seulement pour leur sujet, mais aussi parce qu’elles sont particulièrement réussies. Elles méritent à elles seules le détour et sont bien représentatives de la qualité de la collection MM.  »

D’autres pièces de la collection illustrent la vie quotidienne, l’épopée homérique ou la mythologie.

Légende : Cratère en cloche à figures rouges (hauteur : 330 mm, diamètre : 400 mm).
Lucanie, Grande-Grèce (Italie du Sud), 400-375 avant J.-C.
Collection Michel Meignan.

Voici (entre guillemets) la description de l’une des céramiques étudiées par M.-H. DELAVAUX-ROUX :

« Parmi les nombreuses peintures d’un Dionysos jeune, un cratère en cloche lucanien à figures rouges constitue une des pièces maîtresses de la collection. Il a fait partie de la collection Borowski à Bâle et a été publié par Trendall : Il est attribué au Peintre de Creusa.

La face principale figure Dionysos sous les traits d’un éphèbe, coiffé d’un bandeau qui retombe sur l’épaule et d’où émergent quelques feuilles de lierre, assis, le bas du corps drapé dans un himation dont le bord est brodé de noir.

Il tient un thyrse (bâton surmonté d’une pomme de pin ; ici cette dernière est allongée de manière irréaliste) de la main gauche et un canthare dans la main droite. Face à lui, une femme, sans doute Ariane, à moins qu’il ne s’agisse d’une Ménade, les cheveux attachés dans un large bandeau, avec des pendants d’oreilles et un collier de perles, vêtue d’un chiton brodé de petits motifs, verse du vin à Dionysos avec une œnochoé.

Derrière elle se trouve un Satyre, coiffé d’un bandeau qui ressemble à un serpent et d’où émergent quelques feuilles de lierre, assis d’après Trendall, mais à notre avis plutôt accroupi et en train de danser, car un Satyre est par nature sautillant et rarement statique. Le poids de son corps est sur la jambe gauche, un peu plus repliée que l’autre.

Légende : Cratère en cloche à figures rouges (hauteur : 330 mm, diamètre : 400 mm).
Lucanie, Grande-Grèce (Italie du Sud), 400-375 avant J.-C.
Collection Michel Meignan.

Il semble effectuer l’oklasma (danse accroupie, souvent armée) mais il n’a pas de bouclier, seulement une outre dans la main gauche et un petit canthare dans la main droite. Entre Dionysos et sa compagne, est suspendu un grand tympanon. Plus la taille de ce tambourin est importante, plus il produit un son puissant.

A lui seul, il renvoie à la musique bruyante qui accompagnait les danses bachiques car il était utilisé conjointement avec d’autres instruments : crotales, cymbales, aulos phrygien. Dans le cas d’une danse de Ménades qui chantent et crient ainsi accompagnées, cette musique conduit à la transe, par son caractère répétitif. Ici la seule chorégraphie qui se déroule est celle d’un Satyre, donc cela renvoie plutôt à une danse sous l’emprise de l’ivresse, laquelle est rappelée aussi par le canthare tenu par Dionysos. Un dernier élément tout à gauche est un petit animal, un faon (identifiable à son pelage tacheté) qui risque fort d’être victime du diasparagmos (fait de déchiqueter un animal vivant) et de l’omophagie (le manger cru).

Il s’agit alors d’une inversion des normes du sacrifice, comme l’a montré M. Détienne car dans tous les autres cultes grecs la viande sacrificielle est cuite avant d’être consommée et l’animal est abattu suivant des règles très précises.
L’autre face représente trois jeunes gens drapés dans un long himation. Celui de gauche tient une cruche dans la main droite. Celui du milieu s’appuie sur un bâton de la main droite.
Le dernier a les mains dans le dos, dissimulées dans son manteau. »

Légende : Cratère en cloche à figures rouges (hauteur : 330 mm, diamètre : 400 mm).
Lucanie, Grande-Grèce (Italie du Sud), 400-375 avant J.-C.
Collection Michel Meignan.

Références bibliographiques : Trendall A. D., The red-figured vases of Lucania, Campania and Sicily : First Supplement, BICS, 26, 1970, p. 15 n° 422a, pl. 10, 1-2 ; Trendall A. D., The red-figured vases of Lucania, Campania and Sicily : Third Supplement (consolidated), BICS, 41, 1983, p. 44 n° C4. Glimpse of excellence : a selection of Greek vases and Bronzes from the Elie Borowski collection a special exhibition 18 december 1984 to 30 june 1985, Neda Leipen with Paul Denis, J. Robert Guy, Arthur D. Trendall, Royal Ontario Museum, 1984, 18, p. 24.