2004 - Les Colloques de Menton

  • Science et conscience : "Le Temps"
  • La Cité des Hommes : "Le monde musulman dialogue des cultures ou guerres des religions"
  • Quelle philosophie pour notre temps ? "Le retour du stoïcisme"
  • Rencontre sur les origines : "Les premiers hommes de la Chine"
Compte rendu des Colloques de Menton - 2004

"Science et conscience" : Le Temps
Samedi 9 octobre 2004

"Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus." Saint Augustin résumait ainsi la contradiction que la notion du temps renferme. En effet, chaque homme fait quotidiennement l’expérience du temps et pourtant sa définition semble lui échapper.

Le rapport de l’homme au temps est avant tout empirique. L’observation des mouvements du système solaire ou de l’évolution des êtres vivants permet à l’homme de faire l’expérience du temps qui passe. L’homme va ensuite essayer de maîtriser cette notion en la mesurant. Des cadrans solaires aux systèmes les plus sophistiqués, les instruments de mesure ont à leur tour modifié la perception que l’homme a du temps. L’horloge mécanique, créée au XIIIème siècle, a rendu possible la conception d’un temps linéaire et continu perçu comme une accumulation d’instants bien définis qui s’opposait à celle d’un temps cyclique constamment renouvelé découlant de l’observation de la périodicité des phénomènes célestes. C’est ce qui fait dire à certains que l’invention de l’horloge est l’une des plus importantes, avant même celle de l’imprimerie. A partir du XIXème siècle et de la Révolution Industrielle le temps est placé au cœur du travail et de la société. Le temps est également culturel. La façon dont un groupe humain se représente le temps n’est pas neutre. Elle est conditionnée par le langage, par le calendrier et les événements religieux ou historiques qui le fondent. Mais le temps est aussi vécu subjectivement sous la forme de la nostalgie, de l’ennui, de l’attente... Le temps est alors celui de l’individu, d’une conscience qui le conçoit.

La notion de temps peut être aussi associée à celle d’espace. En astrophysique l’expression espace-temps fait référence au système, développé par Einstein dans sa théorie de la relativité, qui associe le temps aux trois dimensions x, y, z, utilisées traditionnellement pour situer un phénomène dans l’espace. Les multiples expériences que l’homme fait du temps ne semblent pas lui permettre d’en saisir l’essence. Le temps est ce qui nous échappe à jamais. Il ne dépend pas de nous et pourtant détermine notre existence. Prendre conscience du temps, c’est prendre conscience de la finitude de l’homme prisonnier de sa "condition temporelle"2. Mais ce temps qui met fin à notre vie, ne lui donne-t-il pas aussi toute sa valeur ? Qu’est ce alors que le temps ?

1 Les Confessions, XI, 14 2 Marcel CONCHE, Temps et destin, P. 126, P.U.F., 1993

Les intervenants :

  • Capitaine Genséric Cantournet, ancien élève de l’Ecole Spéciale Militaire de St Cyr, diplômé de Sciences Politiques
  • Francis Kaplan, professeur émérite des universités, ancien directeur du département de philosophie de l’Université de Tours
  • Etienne Klein, physicien au CEA et docteur en philosophie des sciences, professeur de physique et de philosophie des sciences à l’Ecole Centrale de Paris

"La Cité des Hommes" : Le monde musulman dialogue des cultures ou guerres des religions
Samedi 16 octobre 2004

Les attentats du 11 septembre 2001 et le développement de l’islam radical ont fait renaître le spectre d’un « choc des civilisations » tel que l’avait décrit Samuel P. Huntington en 1996. Dans cette perspective manichéenne, les actes terroristes pourraient être interprétés comme une déclaration de guerre de la civilisation musulmane à la civilisation occidentale. Cependant, une analyse plus approfondie met en évidence que le monde musulman n’est pas un ensemble monolithique. De nombreux courants le traversent et notamment celui qui oppose islam et islamisme. L’islamisme naît en Egypte au XIXème siècle du défi que la modernité lance au monde musulman. Deux courants vont dès lors se développer : l’un, fondamentaliste, prônant un retour à la lettre du Coran, l’autre, moderniste, visant à réinterpréter la source de l’islam afin de l’adapter au monde nouveau. Ces deux visions n’ont cessé de s’affronter tout au long de l’histoire et c’est encore le cas aujourd’hui. Dans « Fitna, guerre au coeur de l’islam », Gilles Kepel explique le 11 septembre comme la conséquence du faible pouvoir de mobilisation du jihad qui n’a pas réussi à rallier les « masses musulmanes » à la lutte contre les régimes non-islamiques au pouvoir. En s’attaquant aux Etats-Unis, les partisans de l’islam radical ont voulu par un coup d’éclat mobiliser les Musulmans dans cette lutte. De ce point de vue, les attentats seraient moins une déclaration de guerre à l’occident qu’un épisode paroxystique de la lutte pour le pouvoir en terre d’islam et de la tentative de faire émerger un nouveau califat.
Face à cette offensive et aux défis que doivent relever, dans leur grande majorité, les pays musulmans, démocratisation des régimes politiques, développement économique, réconciliation avec la modernité, le dialogue interculturel permet d’entrevoir des raisons d’espérer. Les sociétés musulmanes semblent traversées par des contradictions majeures. Certains, dont Tariq Ramadan, vont jusqu’à parler d’une « crise de la conscience musulmane : incapable de se définir autrement que dans le miroir négatif de l’occident, elle finit par croire qu’elle se trahit chaque fois qu’elle se retrouve dans les valeurs de l’Autre ».

Cette crise serait due essentiellement à la disparition du dialogue intra et interculturel qui a rendu impossible l’exercice de l’esprit critique surtout s’il est pratiqué à partir de valeurs occidentales ou considérées comme telles. Dans cette perspective, seul le dialogue semble pouvoir faire reculer les intégrismes de tout bord.

Les intervenants :

  • Franz-Olivier Giesbert : journaliste, écrivain, directeur du magazine Le Point
  • Malek Chebel : anthropologue, psychanalyste et écrivain
  • Gilles Kepel : Professeur des Universités et Directeur du programme doctoral "Monde musulman"à l’IEP de Paris

Communiqué de la Ville de Menton

Nous avions invité Tariq Ramadan parce qu’il est l’un de ceux qui pouvait nous apporter un éclairage sur les bouleversements que connaît le monde arabo-musulman.

Nous l’avions invité car nous sommes attachés au débat et qu’il nous semble que, quand on ne partage pas les idées de quelqu’un, le courage consiste à l’affronter plutôt qu’à faire comme s’il n’existait pas.
Tariq Ramadan s’est désisté pour des raisons qui lui appartiennent et dont il a rendu compte dans un communiqué de presse daté du 8 octobre et diffusé hier sur son site internet.

Le colloque sur le thème « Le monde musulman : dialogue des cultures ou guerre des religions ? » réunira donc Malek Chebel, anthropologue, psychanalyste et écrivain, , Gilles Kepel, professeur des universités et directeur du programme doctoral « Le monde musulman » à l’Institut d’études politiques de Paris et Franz-Olivier Giesbert, journaliste, écrivain, directeur du magazine Le Point.

Quelle philosophie pour notre temps ? Le retour du stoïcisme
Samedi 23 octobre 2004

A l’aube du XXIème siècle, l’homme semble condamné à donner seul un sens à son existence. Confronté à la mort de Dieu et à la chute des idéologies, il cherche parfois dans "les sagesses préchrétiennes les moyens d’élaborer des morales postchrétiennes". Les sagesses antiques proposent à l’homme un travail sur soi qui lui permettra moins de trouver le chemin du bonheur que d’être armé face à l’irruption du malheur. La philosophie stoïcienne est l’une d’elles.Cette école de pensée, qui apprend à l’homme à conserver sa liberté et son individualité même en période de crise, naît en Grèce à la fin de l’empire d’Alexandre (IIIème siècle avant J.-C.) et évolue jusqu’à sa conquête par les Romains. Dans ce contexte politique troublé, le temps de la cité idéale semble révolu et la question de la conservation de soi apparaît comme l’affaire de chaque individu en dehors d’une réponse politique et collective.
D’après les préceptes stoïciens, l’homme doit vivre selon la nature entendue comme l’univers, le monde, la réalité, ce qui est et ce qui advient. La volonté et l’intelligence humaines sont impuissantes à diriger le cours des événements. La destinée de chacun d’entre-nous est fixée d’avance par Dieu, grand ordonnateur de la nature. Par conséquent, il nous faut apprendre à découvrir quelle est notre place dans cet ordonnancement et à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Pour les stoïciens, la richesse ou la pauvreté, la santé ou la maladie, et même la vie ou la mort ne dépendent pas de nous. Notre seule marge de liberté consiste dans notre façon d’appréhender ces événements. L’homme est d’autant plus libre et indépendant qu’il parvient à dominer ses espoirs et ses craintes.
La liberté chez les stoïciens n’est pas libre arbitre, pouvoir absolu de choix, mais libération. C’est un processus par lequel l’homme se libère progressivement de ses illusions volontaristes. Si l’homme n’a aucune liberté d’action dans le stoïcisme, il garde intacte sa liberté de pensée. Seule la « citadelle intérieure » de chaque individu est inviolable. Pour Sénèque la seule tyrannie qu’un stoïcien refuse c’est la tyrannie d’un dogme. Lorsque l’on se penche sur la philosophie stoïcienne, l’on mesure aisément le rôle qu’elle a pu jouer dans la naissance de l’individualisme contemporain, dans le détachement de l’individu vis-à-vis du social qui peut dès lors se percevoir comme tel dans son intériorité et sa spécificité.
Cependant, l’actualité du stoïcisme ne réside pas uniquement dans cet héritage mais dans l’écho que ses outils conceptuels trouvent chez nos contemporains en quête parfois d’un ultime refuge face à un monde qu’ils semblent maîtriser de moins en moins.
1 Michel ONFRAY

Les intervenants :

  • Jean-Baptiste Gourinat : Docteur en philosophie, chercheur au CNRS, professeur à l’ENS
  • Jean-François Mattéi : Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Membre de l’Institut Universitaire de France et du Comité d’Ethique du CIRAD
  • Bruno Pinchard : Professeur aux Universités de Tours et de Lyon et au Centre d’études Supérieures de la Renaissance

"Rencontre sur les origines" : Les premiers hommes de la Chine
Samedi 30 octobre 2004

Les découvertes effectuées en Chine ont joué depuis toujours un rôle important dans les recherches sur l’origine et l’évolution de l’Homme. Ce pays-continent a livré des vestiges qui y font remonter la présence humaine à près d’un million d’années. Le site de Longgupo, dans le sud, a même permis d’envisager que l’homme y soit arrivé entre 1,4 à 2 millions d’années. Les sites préhistoriques bien datés correspondant à des lieux d’activité humaine, livrant de nombreux vestiges ont quant à eux 800.000 ans pour les plus anciens. C’est le cas du site de l’Homme de Yunxian dans le centre de la Chine. Deux crânes humains, de nombreux outils de pierre taillée et de nombreux ossements d’animaux découverts dans des sédiments déposés dans un méandre de rivière, nous apprennent que des Homo erectus venaient en ce lieu récupérer de la nourriture sur des carcasses d’animaux enlisés. Certains d’entre eux ont été piégés par la rivière, de même que des animaux carnivores également attirés par les charognes. Ce piège naturel pour les hommes et les animaux nous permet de connaître les occupants et l’environnement du centre de la Chine d’il y a 800.000 ans.

Le site préhistorique chinois le plus célèbre est Zhoukoudian (ou Choukoutien) près de Pékin. Il a marqué l’histoire de la recherche préhistorique et son étude est toujours en cours. Entre 1927 et 1937, de nombreux ossements d’Homo erectus (l’Homme de Pékin) datant de 600.000 à 200.000 ans y furent découverts. A cette époque, les fossiles d’hominidés très anciens d’Afrique n’étaient pas encore connus et l’on pensait que l’Asie pouvait constituer le berceau de l’Humanité. De nombreux chercheurs étrangers participèrent aux travaux sur les grottes de Zhoukoudian. Parmi eux, le célèbre paléontologue français Pierre Teilhard de Chardin.

Paléontologue et grand penseur, le Père jésuite Pierre Teilhard de Chardin parcourut la Chine durant de nombreuses années. Il effectua une première mission de recherche en 1923-1924, puis passa près de 17 années en Chine entre 1926 et 1946. Son apport aux relations scientifiques entre la Chine et la France est considérable. Ses travaux de paléontologie constituent toujours des références mais cet éminent scientifique est surtout connu pour ses ouvrages alliant science et philosophie dans lesquels il s’interroge sur la signification de l’homme et de sa conscience.

Les intervenants :

  • Henry de Lumley : Directeur de l’Institut de Paléontologie Humaine
  • Dominique Cauche : chercheur au Laboratoire Départemental de Préhistoire du Lazaret
  • Arnaud Hurel : Ingénieur du Département de Préhistoire du Museum National d’Histoire Naturelle
  • Frédéric Lacombat : Chercheur au Laboratoire Départemental de Préhistoire du Lazaret
  • Pierre Elie Moullé : Attaché de Conservation au Musée de Préhistoire Régionale de Menton
  • Père Henri Madelin s.j. : rédacteur en chef de la revue Etudes
  • Amélie Vialet : Doctorant à l’Institut de Paléontologie Humaine



Les Colloques de Menton : Penser notre temps
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