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Le long du Val de Gorbio


Cachés dans le premier tournant qui amorce la vallée, les bulbes de l’église russe, témoin d’un passé très vivace encore... Plus loin, la « Serre de la Madone », bijou « 1 000 carats »...

cachée derrière les arbres de toutes essences. Chaque tournant vous apporte surprise et étonnement. Des ensembles modernes construits en étages décalés... des moulins anciens encore en activité ou transformés en « habitation... famille retrouvée ».

Grandes tours collées à la colline de mimosas... couleurs et senteurs préservées. Maisons de campagne modestes, tranquilles, bâties en plein milieu de terrains aérés, espaces verts agréables, inattendus. Enfin des campings accueillants, tentes et caravanes mêlées... comme touristes et riverains qui se rencontrent et se côtoient et partagent la « bonne journée »... Vallée discrète où il fait bon se promener.
Jacqueline Verdini

Le territoire de la commune mentonasque est divisé par quatre grandes vallées perpendiculaires au littoral. D’Est en Ouest, ce sont les vallées de Menton, du Careï, du Borrigo et de Gorbio. Il n’y a pas bien longtemps encore, chacune d’entre elles était arrosée par un cours d’eau, quelquefois torrent impétueux et de triste mémoire(1), mais le plus souvent musical ruisseau paisible et rare.

Si nous évoquions nos chères vallées où l’eau des ruisseaux courant de cascade en cascade, de pierre en pierre, chantait la mémoire de Menton ?

IL ÉTAIT UNE FOIS... LE VAL DE GORBIO.

Limite extrême occidentale de notre antique « predi »(2), le val de Gorbio n’exige, pour être bien connu de « l’homo turisticus », que deux brèves heures qui le distrairont sans lui causer beaucoup de fatigue, surtout s’il a soin de choisir pour l’explorer, cheval-vapeur remisé s’entend, une de ces belles journées d’hiver où le soleil caresse et réchauffe, mais ne brûle pas, où les couleurs rosées de l’astre du jour mettent aux Préalpes des touches d’azur et de violet. Poésie de la promenade et enchantement des yeux mettent aux lèvres un doux et vieux refrain. Oubliée la civilisation !

Le vallon de Gorbio, que son éloignement et son caractère champêtre encore visible aujourd’hui font moins rechercher, mérite que nous nous dérangions pour lui. Il convient d’aller à sa rencontre en venant de la fille du Golfe de la Paix.

Ainsi, lorsque l’on a passé le torrent du Borrigo, ou tout au moins l’ancien pont qui l’enjambait, sur l’avenue de la Madone, nous rencontrons les ruines oubliées d’une ancienne chapelle rurale qui apparaît dès 1182. C’est la plus ancienne église de Menton. Et, si quelques dates éphémères, petits cailloux perdus sur la sente, jalonnent son destin : 1365, 1407, 1417 et 1457, c’est en l’année 1482 que le frère Martin de Bologne, venu prêcher l’Avent à Menton, s’installe à la Madone.

Il aide les Mentonasques à réparer la chapelle qui servira en attendant la restauration de l’église Saint-Michel. Le frère Martin demande aux Syndics la permission de bâtir un couvent pour l’habitation de deux religieux et d’un laïc. Le Seigneur Lambert Grimaldi(3) et la communauté mentonasque interviennent auprès du Saint Siège et le 3 avril 1483, une bulle du Pape Sixte IV autorise l’établissement d’un couvent de Frères Mineurs en l’église Notre-Dame-de-Carnolès. Les Cordeliers abandonnent le couvent en 1541.

En 1640, le prince Honoré II y installe les Pères Réformés. Ils en seront chassés en 1793. Après la Révolution, transformée en Hôtel-Dieu, la Madone entendra prêcher le bon père Jean-Dominique Albini.

Passé le couvent de la Madone(4), l’antique chemin de Gorbio longe le mur du Palais Carnolès, résidence estivale de nos princes. A l’arrière de cette thébaïde, nichée dans un frais bosquet où les senteurs culinaires des lauriers qui embaument sont rythmées parfois de la fragrance un peu âcre de quelques soucis orangés, s’élève la tour Saint-Ambroise.

Dies irae, dies illa. Dans un de ces jours néfastes, jour de colère de l’an 1529, la peste ravageait toute la contrée. Le frère cordelier Thomas Schiavone s’en allait de sa retraite de Saint-Ambroise à l’église de la Madone. Il tomba soudain pour ne plus se relever.

Depuis cet événement, la distance qui sépare la chapelle-tour de l’église était chaque soir bordée de lumières. Le fait surnaturel attira l’attention de plusieurs fidèles qui, s’approchant de plus près, trouvèrent le cadavre du moine illyrien étendu par terre dans l’attitude de la prière.

Ils le relevèrent, le déposèrent dans le refuge Saint-Ambroise d’où les habitants de San Remo, dit la légende, vinrent bientôt après le retirer furtivement pour le transporter dans l’église des Cordeliers de leur pays(5).

Le sentier, transformé à grands frais en voie de circulation (1931), serpente entre les vieux murs fleuris où la rose, si ce n’est l’églantine, se marie au citronnier et à l’oranger. La rue Paul Morillot(6) passe sous la voie ferrée, longe à droite le parc de l’hôtel Alexandra construit en 1885 par le plus grand des architectes mentonnais... le Danois Hans Georg Tersling (1857-1920)(7).

Il y a quelques années, les clochetons d’ardoises si chers à Charles Garnier, surmontant les toits de l’édifice, veillaient sur un jardin anglais où palmiers et araucarias rythmaient la promenade. Il passe le long de la villa Innominata, laisse à gauche l’ancien chemin de Roquebrune (devenu la rue Victor Hugo) et la villa Marguerite(8), monte entre murs et maisons, puis passe sous la prise d’eau d’un moulin et s’élève, très sinueusement tracé, au-dessus de la rive gauche du Gorbio, dont la vallée très abritée offre une riche végétation méditerranéenne et tropicale (La Serre de la Madone).

Passé le chapelet presque sans fin des nouvelles constructions, la végétation des pentes est peu fournie d’arbres à fruits : moins de figuiers que de genêts, plus de pins que de citronniers ; ceux-ci ne s’étendent d’ailleurs ni bien loin ni bien haut. En revanche, de beaux néfliers du Japon abritent des maisonnettes rustiques auxquelles conduisent de petits ponts. Nous sommes en plein Carnolès-campagne, tel que l’appelaient les vieux, royaume du potager dont les herbes se vendaient sur la vieille place construite en 1829 par le prince Honoré V, au cœur de ce qui est devenu la « zone piétonnière ».

Néologisme dépourvu de toute poésie et de toute mélodie inventé par quelque rond-de-cuir atrabilaire.

Des moulins à huile, que les mouliniers ont désertés faute de pratiques, alternent avec de petites fermes, laissent encore leur trace olivâtre au maigre filet d’eau qui, perdu dans son lit de roches, court d’écueils en cailloux, havre de têtard cher aux leçons de choses des écoliers. Le printemps venu, ces petits bassins repères du moustique meurtrier des peaux sensibles, sont peuplés de grenouilles qui, le soir venu, donnent un concert aux mélodies cacophoniques.

Et toi, vieux moulin de la Siga, qu’es-tu devenu(9) ? Ne vivrais-tu que de souvenir ?
Des vestiges de bandes de vignes se déroulent aux versants abrités. Aramon, framboise, jacquet, valentin qui ont bercé notre enfance. Avant le pont sur lequel la route de Gorbio franchit le torrent, nous quittons cette voie pour prendre à droite le chemin en lacets bordé de plantations et de mimosas qui dessert le sanatorium. Créé et aménagé en 1900 par une direction allemande, il a été construit par l’architecte mentonnais Abel Glena (1865-1932) et décoré par un autre enfant du terroir le peintre Guillaume Cerutti-Maori (1866-1955).

Il était dirigé scientifiquement par le docteur Charles Hippolyte Malibran, neveu de la célèbre cantatrice(10).

Deux heures durant, le promeneur peut hanter cette vallée, abritée des vents, où la flore est la plus riche. A la fin du siècle dernier, on y comptait plus de mille espèces croissant spontanément ; « ...il faudrait, écrit le botaniste Honoré Ardoïno, parcourir toute l’Irlande ou, qui plus est, toute la Suède pour réunir un aussi grand nombre d’espèces... »(11). Et notre âme d’enfant resurgissant au détour d’une draille fleurie de genêts d’or au parfum subtil, si juin est venu, nous pouvons revoir ces femmes qui, à la façon de leurs lointaines ancêtres grecques, portaient sur leurs têtes bien droites paniers de fruits ou jarres d’eau, ou bien à la hanche, des corbeilles de pommes d’amour à la peau veloutée et scintillante de fraîcheur.

Et si d’aventure quelques jambes alertes de marcheur le permettent encore, il n’est pas interdit de poursuivre le val et d’atteindre le village aérien qui donne son nom au vallon et au torrent. Depuis une décennie, l’orme planté en 1713 est défunt. Mais le souvenir de la guerre de la Succession d’Autriche et des combats du maréchal de Maillebois demeurent sur les pentes de l’Agel et dans les ruelles obscures et fraîches du village, dominé par le clocher de Saint-Barthélemy et l’ombre envoûtante du vieux palais des Lascaris Vintimille.

Le moment venu du retour vers le repère mentonasque, nous irons peut-être à la rencontre du souvenir de deux illustres disparus dont les noms aujourd’hui légendaires circulent dans nos rêves d’enfance : le Pont de l’Union et le Pont Elisabeth.

Qu’êtes-vous devenus ? Vous marquiez de votre présence fatale la pointe extrême de la capacité sportive de nos jambes enfantines, aux mollets toujours nus couverts de bleus et d’égratignures reçues lors de batailles de rues ou de marches à travers les églantiers. Ils portaient témoignage d’une belle santé sous le climat et aux rives enchantées du vieux Mare Nostrum.

Julien Moreno « Souvenirs de tous les miens »

  • - (1) Notre mémoire conserve encore le souvenir de la catastrophique nuit du 24 au 25 avril 1952 où le Careï fougueux emporta Mireille Taulaigo qui tentait de sauver un jeune enfant.
  • - (2) Propriété rurale, jardin.
  • - (3) Lambert Grimaldi est seigneur de Monaco, Roquebrune et Menton de 1457 à 1494. Dans son testament du 14 mai 1493, il lègue à la Madone 3 florins et demande qu’une lampe à huile brûle à perpétuité dans cette chapelle.
  • - (4) Un temps transformé en villa et loué à la duchesse de Richelieu, future princesse de Monaco (deuxième épouse du Prince Albert 1er), il devient propriété d’un certain Doridant et enfin parc départemental.
  • - (5) Rendu (A) - Menton et Monaco -Paris Ed. A. Lacroix - 1867.
  • - (6) Le Capitaine de frégate Paul Morillot est né à Metz et mort à Menton en 1904. Il habitait la villa « Marguerite » située sur ce chemin de Gorbio. Premier adjoint au Maire (Municipalité Emile Biovès), « ...il avait gardé de son ancien état les rudesses du métier alliées à la bonté d’âme et à la foi naïve qui sont l’apanage du marin... » (Le Petit Mentonnais).
  • - (7) Les dessins ont été donnés par Georges Rives depuis son agence de Paris (Michel Steve, H.G. Tersling, architecte de la Côte d’Azur - Menton SAHM - 1990).
  • - (8) Avec la villa « Le Lotus », la villa « Marguerite » et le terrain environnant (5 000 m2) constituaient la propriété Paul Morillot, vendue à la Ville en 1931. La villa « Marguerite » a abrité une école primaire (le terrain a été transformé en pépinière de la Ville), avant d’être rasée pour permettre l’élargissement de la rue et la construction de l’hospice.
  • - (9) A siga (mentonnais) : la salsepareille.
  • - (10) Le Docteur Malibran était né à Brive (Corrèze) le 23 août 1855. Installé à Menton en 1891, il dirigea le sanatorium de sa création à 1904, avant de prendre la direction de l’hôpital Bariquand-Alphand.
  • - (11) Cité par Emile Biovès - Menton - Paris - Flammarion - 1901


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